Communiqué de presse: Un médicament courant contre les maladies cardiovasculaires repositionné pour traiter un cancer rare en Europe

Source d'information: 
Fonds Anticancer

Le propranolol, un médicament couramment utilisé pour traiter l’hypertension artérielle, est en cours de repositionnement en Europe pour traiter un cancer rare. À la demande du Fonds Anticancer, la Commission européenne vient d’attribuer le statut de « médicament orphelin » à ce médicament.( (http://www.ema.europa.eu/ema/index.jsp?curl=pages/medicines/human/orphan...)

Cette appellation signifie que la Commission européenne soutient l’utilisation du médicament concerné pour traiter des patients atteints d’une maladie rare – ici, le sarcome des tissus mous - en raison de ses avantages importants. Le sarcome des tissus mous, un cancer considéré comme difficile à traiter, affecte environ 250 000 personnes en Europe.

Un espoir pour les malades atteints du sarcome des tissus mous
« Les personnes souffrant d’un sarcome des tissus mous ont un taux de survie très faible », explique Brad Bryan, Ph.D., chercheur biomédical au Centre de sciences sanitaires El Paso de l’université Texas Tech (TTUHSC El Paso). « Quatre patients atteints de ce cancer sur 10 en meurent. Pour ces malades, il y a un besoin urgent de nouvelles options de traitement. »

Le laboratoire de Brad Bryan est à l’origine de la découverte des capacités du propranolol à traiter l’angiosarcome, une forme grave de sarcome des tissus mous. Dans ses études, le chercheur s’est servi de lignées cellulaires et de modèles animaux pour montrer que le propranolol pouvait combattre l’angiosarcome et réduire considérablement la croissance des tumeurs. Ses résultats ont été publiés dans un article de PLOS One datant de 2013.

Dans un article ultérieur publié en 2015 dans JAMA Dermatology, Brad Bryan a relaté le cas d’un patient qui souffrait d’un angiosarcome et n’avait plus que quelques mois à vivre. Le traitement a pu réduire sa tumeur à des niveaux indétectables. Par ailleurs, ce traitement n’a eu que très peu d’effets secondaires.

Depuis, plusieurs chercheurs du monde entier ont rapporté des résultats similaires après avoir traité leurs propres patients atteints de ce cancer rare avec du propranolol.

Ainsi, une femme de 69 ans atteinte d’un angiosarcome métastatique a présenté une guérison complète après avoir été traitée avec du propranolol par Shripad Banavali, médecin oncologue au Tata Memorial Center de Mumbai, Inde et Eddy Pasquier, Ph. D., chercheur à l’Université d’Aix-Marseille. Leurs résultats ont été publiés dans ecancermedicalscience. Après avoir constaté l’amélioration de l’état de santé de leur patiente, les docteurs Banavali and Pasquier ont voulu approfondir leurs travaux : un an plus tard, ils avaient traité avec succès sept patients souffrant d’un angiosarcome inopérable, comme on peut le lire dans EBioMedicine.

« Avec ce nouveau traitement, nous avons obtenu 100 % de réponses cliniques, à savoir une régression de la tumeur ou la stabilisation de la maladie, déclare Eddy Pasquier, et c’est ce qui nous
surprend le plus. On ne peut pas parler de guérison, car la maladie continue de progresser chez la
plupart des patients, mais ce niveau de réponse est vraiment très impressionnant, notamment chez
ces patients qui reçoivent un pronostic très pessimiste, d’environ un an. Pour eux, chaque mois compte. »

L’intervention du Fonds Anticancer
Ces résultats ont rapidement attiré l’attention du Fonds Anticancer, fondation à but non lucratif qui vise à élargir l’éventail des options de traitements disponibles pour les patients atteints d’un cancer. Après avoir rassemblé les études menées sur les effets de ce médicament, le Fonds Anticancer a déposé une demande auprès de l’Agence Européenne du Médicament (EMA) pour que le propranolol reçoive le statut de médicament orphelin en Europe.

« Si le propranolol se révèle efficace, notre but ultime, c’est qu’il soit entièrement homologué comme nouveau traitement standard de l’angiosarcome, explique Pan Pantziarka, Ph. D., chercheur en oncologie du Fonds Anticancer. Les études de Brad Bryan ont été importantes : elles ont non seulement validé cette approche dans les modèles animaux, mais elles ont aussi montré l’efficacité du traitement chez un patient pour qui les traitements existants avaient peu de chance d’être efficaces. Ces deux éléments sont très importants pour établir le potentiel clinique du propranolol contre ce cancer rare et difficile à traiter. »

Alors que le prix des médicaments anticancéreux flambe, le propranolol offre à moindre coût une lueur d’espoir pour les patients.

Développé dans les années 1960, le propranolol est aujourd’hui un médicament générique et donc disponible à un prix abordable. Les traitements médicamenteux actuels contre les sarcomes peuvent coûter aux patients jusqu’à 10 000 € par mois. Le propranolol, lui, coûte environ 4 € par mois.

« Le traitement du sarcome des tissus mous peut facilement atteindre 100 000 à 200 000 €, précise Brad Bryan. Même si le propranolol ne peut pas remplacer ces traitements, nos résultats montrent qu’il peut améliorer leur efficacité au prix d’un simple médicament générique. »

Le Fonds Anticancer a récemment mis sur pied le groupe « Propranolol for Angiosarcoma Task Force » qui regroupe des chercheurs et des cliniciens désireux de développer davantage cette piste. Brad Bryan, Eddy Pasquier et le docteur Banavali se sont associés à des collaborateurs du monde entier pour partager les résultats des recherches (réduisant ainsi le risque de doublons d’études) et pour travailler conjointement afin de montrer l’efficacité du propranolol dans le traitement du sarcome des tissus mous.

Ce nouveau statut de médicament orphelin permettra aussi au Fonds Anticancer d’obtenir de l’EMA une aide pour concevoir les essais cliniques nécessaires à la confirmation des résultats existants. Par ailleurs, le Fonds Anticancer prévoit de rencontrer l’Agence britannique pour les médicaments et les produits de santé (MHRA) afin d’évaluer le niveau de preuve requis pour que le propranolol puisse obtenir une nouvelle homologation ou une extension d’indications.

En cas de nouvelle indication de prescription, on modifierait l’étiquette du médicament pour indiquer officiellement son usage dans le traitement des sarcomes des tissus mous. Les directives médicales internationales seraient également mises à jour afin de désigner le propranolol comme médicament anticancéreux certifié, ce qui encouragerait les médecins à utiliser cette nouvelle forme de traitement.

Malheureusement, dans le cadre actuel de la réglementation, les laboratoires pharmaceutiques détiennent le monopole de « l’extension d’indication » pour les médicaments. Un dialogue avec les responsables de la réglementation et les laboratoires sera donc nécessaire pour rendre ce médicament officiellement prescriptible aux patients atteints d’un cancer.